Ces hommes qui exercent des métiers féminins

Article publié le 3 juin 2010 sur Terrafemina.com


Certains métiers ont une appellation féminine comme les assistantes de direction, les nounous, les femmes de ménage... Pourtant, il existe quelques hommes qui contribuent à la mixité de ces professions et qui osent affronter le cliché d'un métier à 90 ou 95% féminin. Terrafemina a rencontré trois de ces hommes qui exercent, pour leur plus grand bonheur, des métiers encore trop sujets aux préjugés. 

Vincent, sage-femme

Vincent, sage-femme

Vincent Fourgeaud est sage-femme depuis presque 20 ans. Fasciné pendant sa jeunesse par sa cousine, elle-même sage-femme, il est aujourd'hui en adoration pour son métier et a choisi de transmettre son savoir et son empathie en se lançant dans l’enseignement.

« L'envie de devenir sage-femme m'est venue alors que ma cousine exerçait ce métier et m'en parlait avec passion. Mon bac scientifique en poche, j'entame des études pour devenir obstétricien mais j'échoue au bout de 2 ans. Je m'inscris alors au concours de sage-femme, que je réussis, puis continue mes études pendant 5 ans. J'ai commencé à travailler au CHU de Limoges où, sur 40 collègues, seules deux m'ont fait comprendre qu'elles n'étaient pas fans des sages-femmes au masculin. Mon père a eu un peu de mal à l'accepter, à cause de l'appellation féminine du métier, mais il est fier de moi aujourd'hui.
En 15 ans d'expérience, je n’ai rencontré que très peu de réticences auprès des patientes. Souvent, le problème venait plus du mari, qui s'opposait aux soins. J'ai énormément de jeunes mamans qui me remercient pour ma douceur et mon empathie. Certaines m'ont même déjà dit que j'étais plus doux qu'une femme, car la prise en charge est différente entre un homme et une femme. Le métier en lui-même est assez éreintant, surtout lorsque l'on se retrouve pendant des gardes de 12h30 avec 10 femmes qui accouchent. Ce métier ne laisse donc pas beaucoup de place pour la famille et les loisirs. Etant moi-même marié avec une sage-femme, que j'ai rencontré sur les bancs de la fac, nous vivons la même chose. J'approche la quarantaine et pour pouvoir passer du temps avec mes deux filles de 5 et 8 ans, et pour me dégager également de l'usinage que connaissent des hôpitaux aujourd’hui, j'ai décidé d'enseigner. Sur 22 élèves, j'ai 5 jeunes hommes, rassurés de voir qu'il y a de plus en plus de mixité dans ce métier. L'enseignement est très gratifiant, j'adore transmettre mon expérience et ma culture du rapport à l'autre. Aujourd'hui, je fais moins de terrain grâce à ces cours. L'âge moyen des sages-femmes en exercice est de 30 ans car c'est une profession fatigante, il est très dur de récupérer.
J'ai aussi fait l'école des cadres sages-femmes pour pouvoir gérer un service d'obstétrique mais ayant pris mes fonctions pendant la « crise » des hôpitaux, j'ai hésité à me mettre en libéral, chose que je ferai sûrement dans le futur. Je souhaite aujourd'hui me lancer dans un doctorat de sociologie pour étayer mes connaissances dans ce domaine. Mais notre métier, ma femme et moi, suscite déjà des vocations chez ma fille aînée qui voudrait devenir sage-femme à son tour. »

Yann, secrétaire de direction

Yann, secrétaire de direction

A 35 ans, Yann Lemeux est un secrétaire de direction heureux, épanoui et fier. Il souhaite continuer les formations pour évoluer dans sa carrière.

« L'assistanat de direction n'était pas ma première vocation car je voulais travailler dans le socio-culturel. En dehors de la musique, qui est ma première passion, il fallait que je fasse quelque chose pour gagner ma vie. J'ai décroché un poste au gouvernement tchèque auprès de la Cour Européenne des Droits de l'Homme pendant 3 ans. Il s'agissait d'un travail d'assistanat de direction pour lequel il fallait avoir des compétences rédactionnelles. Après ça, j'ai passé un BTS assistant de direction trilingue en 2007. Je parle français, anglais et tchèque et les langues ont toujours été un critère important pour moi dans le travail. En 2008, je suis embauché chez ArcelorMittal France en tant qu'assistant du directeur général pendant 2 ans. Puis j'ai pris une année sabbatique pour me consacrer à la musique. Après cette pause, j'ai ensuite été embauché dans la société Prologis, leader américain dans l'immobilier logistique, où le critère des langues était important.
Pour moi, l'assistant doit être polyvalent et pallier à un manque. En dehors des fonctions de base comme l'archivage, la prise de rendez-vous, le courrier et son tri, il faut également anticiper tout dossier à rendre avant qu'on vous le demande. Il faut savoir être discret mais avoir une oreille qui traîne partout et respecter la confidentialité. J'ai également été amené à faire des relations publiques, et même de l'évènementiel. Aujourd'hui, je me forme toujours au quotidien et j'aimerais évoluer pour ne pas trop me sentir à l'étroit à l'avenir. Certains assistants sont déjà passés managers.
En tant qu'homme, le cap le plus difficile à passer est l'embauche, les hommes étant considérés comme moins maniables et se plaçant moins bien que les femmes. Les cabinets de recrutement n'hésitent pas à discriminer ouvertement les hommes. Mais une fois embauchés, nous -je dis « nous » car je discute souvent avec d'autres assistants sur Internet- sommes reconnus comme de vrais collaborateurs, plus que les femmes dans certains cas, qui acceptons plus facilement la soumission. Pour chacun de mes postes, les premiers jours, les regards étaient surpris, mais positivement. Mon entourage n'a jamais été surpris par mon choix et est content de voir que ça marche bien pour moi. Assistant de direction est un vrai métier qui ne s'improvise pas. »

Christophe, assistant maternelChristophe, assistant maternel

A 39 ans, Christophe Avon est assistant maternel depuis 3 ans. Très hésitant dans la vie, il a essayé plusieurs métiers, de la maçonnerie à la confection de crèmes glacées. Originaire de Haute-Savoie, il vit aujourd'hui à Caen et garde quatre enfants pour son plus grand bonheur.

« Après avoir testé de nombreux métiers sans avoir trouvé celui qui me convenait, mon fils est né et le problème de sa garde s'est alors posé. Après avoir réfléchi avec ma femme, le plus économique était de le garder à la maison plutôt que de le faire garder. M'occuper d'enfants ne me faisait pas peur car je les ai toujours adorés et je n'ai aucun problème de patience avec eux. L'aventure a commencé à Toulon en 2008, lorsque ma femme finissait son doctorat. Une puéricultrice est venue chez moi pour évaluer mes capacités, c'est à ce moment précis que j'ai réalisé que je voulais vraiment devenir assistant maternel. Une fois le diplôme en poche, après 120 heures de formation, je gardais mon fils Charlie et un autre enfant. Ma femme a ensuite trouvé du travail à Caen et nous avons déménagé. J'ai trouvé assez vite des enfants à garder, les parents n'étant pas surpris de voir un homme assistant maternel mais plutôt curieux de connaître mon parcours professionnel. Mon entourage n'a pas été surpris par mon choix de vie car je me suis toujours bien débrouillé avec les enfants. Je n'ai jamais entendu de critiques ou ressenti de la méfiance à mon égard, bien au contraire, je suis très bien intégré dans l'équipe des assistantes maternelles de Caen-Sud. Le RAM (Relais Assistantes Maternelles), très dynamique, animé par Isabelle Jouanne, organise de nombreuses activités pour les enfants et j'adore m'y rendre avec eux et les voir s'éveiller.
Contrairement à tous les boulots que j'ai pu avoir, où les gens étaient faux la plupart du temps, les enfants sont différents, ils sont vrais. Leur « Dadou », comme ils m'appellent, est attentif à chaque instant : je respecte leur rythme, je minimise les pleurs, je console les gros chagrins et je joue avec eux autant que possible tout en portant la même attention à chacun. Et quelle récompense quand ils me serrent fort dans leurs bras, me sourient et me font des bisous ! Assistant maternel reste un métier avec des responsabilités, les parents nous confient leur être le plus cher. Aujourd'hui, je garde ma fille Camille de 14 mois, deux autres puces de 1 et 2 ans et demi, et Charlie est à l'école la journée. Je n'ai aucun problème d'organisation : tous les plats pour les enfants sont préparés à l'avance et chaque jour, ils n'ont qu'à attendre 2 minutes pour que tout soit prêt. Je suis sûr d'avoir trouvé ma voie, et si nous devions déménager de nouveau,  je n'hésiterai pas une seule seconde à continuer l'aventure. »

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